Un petit article de journaux retint toute mon attention : « Amicale laïque cherche son professeur de guitare ». Mon diplôme de cuisinier, ma qualification de l’usine en poche, j’allai tenter le coup en jouant franc jeu. J’avais tellement de niaque en moi que, devant mon argumentation, le président de l’association voulut bien me donner le poste : l’emploi était bénévole ! L’accord passé consistait à développer la section guitare et à être rémunéré par la suite. Sept élèves m’attendaient pour une demi-heure de cours chacun. Mis à part les quelques trucs que j’avais refilés à Nanard, je ne savais rien de la méthode et encore moins de la pédagogie à employer avec des débutants. Ce fut Waterloo !
Dès la première demi-heure, je dus batailler comme un fou pour me faire comprendre. J’avais, en face de moi, la crème des débutants, du style de ceux qui vous disent toujours oui, en vous regardant avec un air de chien battu sans jamais rien piger, des billes quoi ! Le constat fut rapide, il fallait que je m’y prenne autrement. Je commençai par me mettre dans la peau de l’élève qui vient prendre son premier cours de gratte et, il ne me fallut pas moins de trente secondes pour tilter. Ce que je leur enseignais ? Je ne le comprenais pas moi même, je ne maîtrisais rien du tout. Un vrai travail de fourmi s’en suivit. Je décortiquais, comme des tourteaux, tous les petits exercices. Les moindres recoins étaient disséqués, observés, analysés ; seule la maîtrise avait droit de cité. Dans les villes, de petite et moyenne importance, les langues vont bon train et, dans le secteur associatif, rivalité oblige, tout se sait. Le travail méticuleux que j’avais entrepris ne tarda pas à faire ses preuves : de nouveaux élèves arrivèrent.
J’utilisais la tablature dans mes cours, elle n’avait plus de secret pour moi. Son accès, très facile, pour la lecture et le jeu m’aida grandement.
J’étais le seul, sur la place d’Evreux, à utiliser ce procédé et à proposer autre chose que du classique ou du jazz sans passer par le rébarbatif solfège. Malheureusement, il y avait un bémol ! Pour trouver des exercices et petits morceaux de débutants, c’était la croix et la bannière. Dans les éditions musicales, seul, Bigo avait sorti ce type de recueils. Certes, Dadi avait bien sa méthode, mais elle restait inaccessible aux jeunes. Prenant appui sur celle de Bigo, je me mis à écrire des petites pièces et à les tester sur mes élèves : ce fut le succès total. Non seulement ils arrivaient à les jouer mais, en plus, elles leur plaisaient.