L’Atkins Dadi Guitare Picking Association vit le jour à Issoudun. Je n’y suis pas allé. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme. Je me rappelle du coup de fil de Marcel, la deuxième année, j’ai pensé que c’était une blague. Mon émotion passée, il me dit qu’il fallait absolument que je vienne à Issoudun, les anciens de Liège étaient tous venus la première année, sauf moi. Plus il insistait et plus je me demandais ce qui pouvait le motiver à ce point. A côté de sa notoriété, j’avais la taille d’un nain de jardin, je ne voyais absolument pas où il voulait en venir. Curieux, je ne refusai pas l’invitation. Mes enfants, on se serait cru dans le laboratoire de clonage de la secte Raël. Il y avait des petits Marcel Dadi partout, effrayant ! Cela ne m’expliquait, toujours pas, pourquoi il tenait tant à ce que je vienne. Je puis vous assurer, cependant, que ça valait le détour. Outre les clones, c’était monstrueux ! Il y avait là des centaines de « gratteux » venus de toute l’Europe. L’association avait, en un rien de temps, essaimé en Italie, en Suisse, en Hollande, en Allemagne, en Belgique et j’en oublie. En France, chaque région avait ses délégués, sauf la haute Normandie. Bingo ! Vous avez tout compris, j’habitais justement le seul coin manquant au tableau de chasse. Avec ce quadrillage, Marcel était sûr de se relancer dans les meilleures conditions. Finalement, je trouvais cela plutôt chouette pour lui, car j’estimais qu’il le méritait grandement. Mais, lorsqu’il y a un gâteau à se partager, tout le monde veut la plus grosse part. Je pense que ses intentions étaient louables : sans s’oublier, il voulait mettre un point d’honneur à aider, comme il le pouvait, des gars comme moi ou d’autres qui, isolés, ramaient comme des bœufs pour résister au phénomène « guitare électrique ». Chacun dans nos régions, nous organiserions des concerts pour lui, en échange les guitaristes du coin en assureraient les premières parties Tout le monde devait-y trouver son compte. Pourtant, je voyais arriver, gros comme une maison, que le Marcel, si il continuait à laisser faire, il se ferait bouffer la laine sur le dos. Des mecs, bien plus forts que lui techniquement, commençaient à lui damer le pion. J’avais réussi à le chopper dans un coin pour lui faire part de mes impressions. Je ne m’étais pas trompé, l’attitude de certains le contrariait terriblement mais personne, à part moi, n’avait osé lui en parler. Dès cet instant Marcel ne me lâcha plus. Il n’arrêtait pas de me téléphoner pendant de longues heures à mon retour d’Issoudun. D’un côté, il ne voulait blesser personne et, de l’autre, il n’arrivait pas à se décider de monter, comme je lui conseillais, un vrai fan-club Marcel Dadi. Son association avec Chet Atkins l’en empêchait et… d’autres raisons que je sentais bien plus profondes. Je lui proposais de l’aider en écrivant, dans « Guitare Magasine », un article où je dénonçerais les dérives. L’Atkins Dadi Guitare Picking Association était tellement à la pointe de l’actualité guitaristique, que la revue lui consacrait régulièrement des pages. L’article sortit et, avec lui, les choses rentrèrent dans l’ordre. Mon téléphone n’arrêta pas de sonner. Des types, visés ou pas, me félicitaient pour mon audace. L’année suivante, je fus encore invité mais en tant que pointure. Ce fut la seule fois où j’eus l’honneur de serrer la main du célèbre Chet Atkins. Marcel me présenta à lui avec ces mots : « Hello Chet, it’s a greatest guitarist », j’en suis encore tout chose. Je devais faire une master classe, en matinée, avec ma dix cordes et une prestation en soirée. La salle de classe était archi comble… que des guitaristes ! A la fin, beaucoup de réflexions auxquelles je ne m’attendais pas du tout, fusèrent. Pour moi, c’était clair, la dix cordes acier avait un but, ouvrir une voie nouvelle dans le monde de l’acoustique, point barre ! Les gratteux, eux, prirent cela comme une insulte à la guitare traditionnelle. Certains allaient même jusqu’à m’accuser, ouvertement, de tenter de démontrer, par le résultat de mes recherches, que la six cordes était bonne à foutre à la poubelle. Jalousie oblige. Il est sûr que j’attisais les convoitises, d’autant que tout le monde se demandait , d’où je pouvais bien sortir. Je ne vous dis pas le soir du concert ! Les quelques mille cinq cent personnes présentes applaudissaient vraiment pour la forme. Ils devaient sûrement être fatigués, j’avais du jouer sur le coup des deux heures du matin, vu le nombre incroyable de guitaristes qui étaient passés avant moi. Croyez moi, j’étais complètement démonté …
La salle de classe était archi-comble... que des guitaristes.