- Chapître I " Le revolver de l'Ile à Poule " -

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son gros ventre. D’après toi, votre bébé, il va être de quelle couleur ?

Il y avait un coefficient à 114 et avec Alphonse, on avait pris l’habitude de pratiquer la pêche à pieds. C’était plutôt histoire de prendre un bon bol d’air car, en cette saison avec les touristes, même si nous connaissions parfaitement les bons coins, nous n’avions guère de chance de faire une pêche miraculeuse. Kermagen était un de nos endroits favoris.

Ce samedi après-midi fut pour nous, une bonne occasion de laisser Lili et Lazlo se faire un peu griller au soleil, sur le sable. La pêche aux ormeaux était permise, mais avec une réglementation draconienne pour éviter le braconnage. De toutes façons, il ne fallait pas trop compter en trouver à cette période de l’année. La grande marée de septembre serait beaucoup plus favorable. Avec Alphonse, l’été, on passait plus de temps à remettre les cailloux dans le bon sens, plutôt qu’à autre chose. Certains vacanciers, peu soucieux de l’environnement et de la protection des micro écosystèmes sous les grosses pierres, savaient bien les retourner pour voir ce qu’il y avait en dessous, mais ne les remettaient que très rarement en place. Une fois, cela énerva tellement Alphonse, qu’il apostropha sèchement deux badauds, légèrement « beaufs » sur les bords :

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Je ne disais rien, tout en pensant très fort : « Les pauvres… s’ils savaient à qui ils ont à faire ! ». Sentant certainement que mon ami Alphonse ne rigolait pas, les gars s’exécutèrent sur le champ et partirent, sans demander leur reste. Trente ans de prison, pour braquage et meurtre de deux riches commerçants niçois, ce n’est, certes, pas marqué sur sa tête mais, quand il prenait le coup de sang, mieux valait ne pas se trouver sur son chemin. Sinon, à part ça, il était aussi doux qu’un agneau et vous lui auriez donné le bon Dieu sans confession.

Dix étrilles, quatre poissons de roche, un tourteau, le résultat de notre pêche du jour ne fut pas fameux. Toutefois, pas de souci avec Lili, la soupe de poissons du soir, avec rouille et petits croûtons frottés à l’ail serait forcément des plus succulentes. Au service de mes parents, en tant que cuisinière pendant plus de trois décennies, elle s’était naturellement occupée de ma maison de Port Béni lorsque, pendant quatre ans, j’étais resté sous les verrous, à la prison de Saint Brieuc. C’est d’ailleurs là, que j’avais fait la connaissance d’Alphonse.

Sur la plage, Lazlo était vraiment radieuse, en revenant des rochers vers elle, je me disais que j’avais beaucoup de chance d’avoir une telle femme pour compagne :

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Lili et Alphonse habitaient une petite maison, à l’entrée de Pleubian. Tous deux étaient à notre service… enfin, façon de parler ! Vu notre passé commun à tous les quatre, lié à l’affaire de Bordeaux, ils étaient devenus, pour Lazlo et moi, presque plus importants que notre propre famille. Pour la forme, j’avais embauché Lili, en CDI, pour le ménage et la cuisine. Alphonse, quant à lui, s’occupait plusieurs fois la semaine, de mon immense terrain. Entre deux, il travaillait, à droite et à gauche, à l’entretien de quelques résidences secondaires. Mon père, toujours dans la vente de manoirs et de fermes bretonnes, m’allouait mensuellement une rente non négligeable. En compensation, de temps à autre, je lui donnais un petit coup de main pour faire visiter ses bâtisses à vendre lorsque, pendant les vacances, il était débordé.

J’allais avoir quarante ans et, aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne travaillais pratiquement pas. La presque totalité de mon temps était consacrée à l’écriture, au dessin, à l’entretien de ma propriété et… à Lazlo, bien évidemment ! D’aucun pourrait se dire, que je suis un homme privilégié, fainéant, bourgeois, profiteur ou quelque chose dans ce goût là. Et bien non , absolument pas ! Il existe des gens qui traversent ou on traversé un parcours relevant de l’exceptionnel, de l’incroyable, de l’extraordinaire… je fais tout simplement parti de ceux là. Quatre longues années d’emprisonnement pour un meurtre que je n’ai pas commis et des parents pétris de remords… c’est tout ! Il n’y a pas de quoi en retirer une gloire ! D’ailleurs, je fais toujours très attention de ne rien laisser deviner de mon étonnant périple auprès de gens de passage ou de rencontre inopinée. Tous les habitants de Pleubian connaissent mon histoire. Pour eux, je suis… comment dirais-je… celui à qui il ne faut surtout pas toucher. En somme, ils sont très fiers de ce curieux « personnage » que je suis maintenant à leurs yeux et puis… je suis né à Port Béni.

Sans trop me vanter, je crois être aussi connu dans le Trégor qu’Ernest Renan, écrivain célébrissime de Tréguier qui suscita, en son temps, une sacrée polémique à propos d’un livre où il avait tenté de

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démontrer que Dieu n’existe pas. Lorsque l’on connaît la ferveur de la

croyance dans toute la Bretagne… on peut comprendre pourquoi ! A sa mort, et en rébellion contre sa statue édifiée par la municipalité de l’époque… au beau milieu de la place du Martray, devant la cathédrale de Tréguier, les nombreux contestataires avaient, à leur tour, érigé à l’entrée de la ville un enclos paroissial, à l’image des Saints les plus représentatifs des croyances du terroir. Et je peux dire… qu’aujourd’hui même, cette rivalité féroce demeure. En tous les cas, pour ma part, je ne risque pas de telles réactions avec mon livre, « L’agenda de Port Béni ».

C’est Monique Salvin, une romancière bien connue du grand public, qui m’a aidé à rédiger mon histoire. Lorsque plus haut, j’évoquais mon « parcours exceptionnel », ce ne sont pas de vains mots. Monique n’est autre que la mère de mon ancienne compagne, Sandrine… j’avais été accusé injustement de son meurtre. Sans l’inspecteur divisionnaire Maloudani et son enquêteur Crevel, pour m’aider à plaider ma cause auprès d’elle, rien n’aurait été possible aujourd’hui. Dix huit mois déjà… que l’affaire du trafic d’œuvres d’arts volées de Bordeaux est définitivement clause. Il y a des choses qui, parfois, relèvent d’une véritable science fiction, tel que : partir d’une petite pointe des côtes d’Armor, se retrouver à Bordeaux en passant par l’Angleterre et la Belgique, sans oublier Locronan et Paris et… terminer ce parcours insensé par la prison de Saint Brieuc. Et bien, à peu près dans l’ordre et avec quatre meurtres au passage, c’est exactement ce qui m’est arrivé. Alors, quand on a vécu un truc pareil, on aspire à une certaine tranquillité et ce n’est pas Alphonse qui vous dira le contraire… il était avec moi, du début jusqu’à la fin.

La boulangerie de Pleubian ferme le lundi. Avant de venir travailler chez nous, Lili, chaque mardi matin y achète le pain et en profite pour prendre le journal local « Le Télégramme ». Je ne sais pas trop pourquoi je le lui fais acheter, car je ne le lis jamais ? En revanche Alphonse, lui, le dévore jusqu’à la plus petite rubrique des chiens écrasés. Cela va de l’équipe de foot de Guingamp, perdant en

match aller face à Rennes, jusqu’au maire, accompagné de tout le

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conseil municipal de Pleubian, remerciant ses habitants pour leur

compréhension lors des travaux ayant permis la mise en valeur de la chaire extérieure de l’église, le déplacement du monument aux morts et la rénovation quasi complète du centre du bourg, sans oublier… toutes les annonces de mariages, de décès et de naissances. Eplucher les nouvelles du jour est la première occupation d’Alphonse, avant de commencer sa matinée dans mon terrain. Généralement, il en a pour une heure et trois tasses de café que Lili ne manque pas de lui servir un peu… comme à un roi, je dois le dire ; ces deux là s’aiment vraiment très fort.

Alphonse peut commencer à l’heure qui lui convient, cela ne change pas grand chose quant au résultat : c’est à dire parfait… un peu lent… mais absolument parfait ! Du style à aller chercher une paire de ciseaux dans la cuisine, pour couper comme chez le coiffeur, une touffe de gazon qui le dérange. Alors, je vous laisse imaginer pour ma clôture… ! Travailler avec lui est un vrai plaisir. Il a des combines et une façon bien à lui d’aborder les choses qui me sidèrent complètement. Cela me rappelle toujours la fois où, justement pour l’affaire de Bordeaux, il avait trouvé la planque des receleurs, simplement, en regardant une photo à la loupe. Deux heures… les yeux rivés sur son maudit cliché ! N’empêche que, à force de le regarder, il avait imaginé la présence d’un bunker, parce que la photo montrait une petite forêt avec des arbres moins hauts que les autres, en son milieu. Il en avait déduit que, si ils étaient plus petits, c’est qu’il y avait moins de terre à cet endroit donc… moins de profondeur pour les racines. Faut le faire tout de même ! Et le pire dans tout ça, c’est qu’il avait entièrement raison !

Pour l’heure, un événement important nous attendait tous les quatre : Maloudani et Crevel venaient manger mercredi soir, chez nous, à Port Béni et cela faisait plus d’un an que nous ne nous étions pas revus.

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